Légendes et patrimoine



Mataiea,  Regarde le chemin


Mataiea s'appelait autrefois Vaiuriri du nom d’une source puis il s’est appelé Mataiea. Ce nom vient d’une expression mata i te e’a  qui signifie « regarde le chemin » ou « évite le chemin” et qui s’adressait spécialement à la dynastie des Pomare qui voulait dominer sur tous les territoires de la Polynésie. Ce qu’il faut savoir, c’est que le lieu où les Pomare posaient leurs pieds devenait leur propriété.

Ainsi le chef de Mataiea refusait l’entrée d’un monarque Pomare sur ses terres en lui disant « Vois le chemin et évite le ». Il avait placé des guerriers à chaque limite (Est et Ouest) pour empêcher toute intrusion de roi étranger. Ainsi, arrivé aux limites de Mataiea, le clan des Pomare devait poursuivre leur chemin par la mer et aucun d'eux n'a ainsi foulé le sol du fief de Tetuaairoro.

Les guerriers étaient préparés sur la place de Mairipehe. Aujourd’hui, on y a construit une école, pourquoi pas l’école des guerriers protecteurs des temps modernes ? Si autrefois, on y préparait les guerriers à affronter l’ennemi, on est tenté d’admettre qu’aujourd’hui on y prépare des citoyens capables de résister aux injustices sociales.

Pomare, arrivé à la limite de Mataiea, devait obligatoirement prendre une pirogue et dépasser le territoire par la mer.

Le chef de Mataiea, appelé Tetuaairoro qui signifie  » le dieu qui mange le cerveau « , était un dictateur respecté ou craint par sa population, tant son nom était terrifiant. Il consultait toutefois un comité de sages composé de hina potea, personnes aux cheveux grisonnants donc d’un certain âge. C’était un homme impulsif, nerveux et coléreux. Il n’admettait aucune erreur dans son district et tout délit était passible d’une peine capitale.

On dit même que le peuple était aussi nerveux que son chef: les himene le chantent souvent Mataiea teie te riri vave noa (Mataiea est celui qui se fâche facilement et rapidement ). Aujourd’hui, ce tempérament n’a pas vraiment évolué.

Source : Tahiti-Heritage.


La naissance de  l'anguille FAARAVAIANUU


Mataiea était réputée pour sa prospérité, l’anguille royale de la Vaihiria étant, selon les récits anciens, la clé de cette richesse.

Ahu’ura de Mataiea et le dieu Tetua ‘airoro conçurent un enfant. Etant d’une haute lignée, le couple décida que l’enfant viendrait au monde sur la montagne Tera’iamano. Lorsque Ahu’ura accoucha, ce ne fut pas un être humain mais une anguille. Effrayée par cette naissance insolite, Ahu’ura tomba à la renverse, d’où l’appellation actuelle de la montagne de Mataiea : Tetufera (à la renverse).

Ahu’ura décida de déposer l’animal dans le lac de Vaihiria.

Un jour, Tauarii, aito de Mahina, alla dans la vallée et traversa une rivière. C’est alors qu’une anguille peu farouche s’enroula à son pied. Tauarii s’empara de cette dernière et l’emporta à Mahina, un acte qui provoqua rapidement la pénurie sur Mataiea, où la nourriture se fit de plus en plus rare.

Pour y remédier, Teaha, une merveilleuse danseuse, se chargea de ramener l’anguille. Elle se rendit à Mahina chez Tauarii où la fête bâtait son plein. Teaha se mit à danser, Tauarii fut charmé. Elle aperçut l’anguille mais dut imaginer un stratagème afin de la ramener sur Mataiea. Elle déclara alors à Tauarii qu’elle était enceinte de lui et qu’elle avait besoin de telle ou telle nourriture pour subvenir à ses envies. Celui-ci accepta tous ses caprices. Un matin, elle lui demanda de lui ramener un poisson du large, Tauarii et ses amis partirent sur le champ lui en procurer. C’est ainsi que Teaha s’empara de l’anguille et rentra sur Mataiea. Elle rencontra un tahua (sorcier) qui lui dit que l’animal devait être consacré sur un marae pour le fixer à Vaihiria. L’anguille fut appelée Fa’aravai a nu’u.

Une fois l’anguille réintégrée à Vaihiria, Mataiea retrouva l’abondance.

Source : Tahiti-Heritage.


Hina et  la légende du cocotier

A l’âge de seize ans, la belle princesse de Pape’uriri, Hina, fut promise en mariage par sa mère et son père au roi du lac Vahiria, Faaravaaianuu. Quand on lui présenta son époux, se fut la stupeur. Elle découvrit, en effet, que le roi du lac était une monstrueuse anguille.

Hina, épouvantée, s’enfuit à Vaira’o, dans la presqu’île de Tai’arapu, chez le dieu Maui. L’anguille, ou bien le prince nommé Faaravaianuu sortit du lac et se fraya un chemin dans la vallée de Vaihiria. Aujourd’hui, lorsqu’on la survole, le cours d’eau de la rivière fait penser au chemin d’une anguille. L’anguille arriva bientôt à retrouver la princesse. Maui, horrifié, plaça ses deux tiki en pierre sur la falaise et, grâce à cette protection, réussit à pêcher la bête monstrueuse. Il la coupa en trois morceaux et, ayant enveloppé la tête dans une pièce de tapa (tissu végétal), il la présenta à Hina en disant : « Ne pose surtout pas ce paquet à terre avant d’être arrivée chez toi, et plante-le au centre de l’enclos de ton marae. Cette tête d’anguille contient de grands trésors. Tu en tireras de quoi construire ta maison, de quoi boire et de quoi manger. »

Hina partit. A quelque distance de là, oubliant le conseil du dieu, elle désira se baigner avec ses servantes et déposa son paquet sur l’herbe. Quelle erreur fit-elle. La terre alors s’ouvrit et engloutit la tête de l’anguille. Une plante apparut et se mit à grandir. Elle devint un arbre étrange, ressemblant à une immense anguille dressée, la tête vers le soleil : le premier cocotier (tumu ha'ari) venait de naître. Alors Hina comprit qu’elle ne pouvait plus rentrer chez elle, qu’elle devait surveiller la croissance de cette nouvelle richesse. Les jours passèrent. Une grande sécheresse survint et seul le cocotier résista. Les hommes goûtèrent alors les fruits qui contenaient une eau sucrée et sur lesquels apparaissaient trois taches sombres, dessinant les yeux et la bouche de l’anguille.

Ainsi, boire un coco à la façon de Hina, c’est savourer un baiser royal jadis refusé .

Source : Tahiti Heritage – HENRY Teuira, Tahiti aux temps anciens Société des Océanistes © Dessin de Bobby Holcomb. Reproduction interdite sans autorisation


Tunnel Sous-marin  Rautirare

Pendant les guerres avec les Teva, les pirogues rouges des guerriers de Teva sillonnaient le lagon de Mataiea pour empêcher les chefferies adverses d’accéder à la mer. Ces chefferies se réfugiaient dans la montagne, mais la pêche qui était leur principal moyen de subsistance devenait impossible. Heureusement, un ancien chef de la vallée de Vaihīria avait un secret qui permettait de contourner le blocus. Profitant de l’obscurité, les plus valeureux guerriers descendirent de la montagne pour se rendre jusqu’à la pointe ‘Ōti’aara à Mataiea. Là, derrière des buissons, se cachait l’entrée d’un souterrain naturel qui en passant sous la mer ressortait sur le motu Pū’uru, situé à une centaine de mètres du rivage.

Ce tunnel est un lavatube, un tube créé par une coulée de lave chaude et liquide qui circule à l’intérieur d’une coulée de lave déjà refroidie et solide. La lave chaude en coulant vers l’aval vide le tube et forme un tunnel. A l’époque, l’île de Tahiti était plus haute que le motu attaché à la terre. Depuis elle s’est enfoncée sous le poids du volcan.

Ce passage secret leur permettait de contourner le blocus imposé par les guerriers de Teva et d’accéder à la passe Rautirare, très poissonneuse, située au bord du motu. Avant le lever du jour, ils regagnaient leur refuge montagneux en rapportant les fruits de leur pêche « miraculeuse ».


Une sirène écologique  annonçant les fortes houles

Si ce passage secret est resté méconnu, les anciens de la vallée se souviennent d’un étrange phénomène qui se produit dans la vallée de Vaihīria sans se douter qu’il est lié à ce lavatube historique. Lors des houles cycloniques, les vagues submergent le motu Pū’uru et s’engouffrent avec force dans le lavatube. L’air du tunnel est compressé et poussé vers l’étroite sortie, ce qui provoque un son d’une énorme intensité, comme celui d’une trompette géante, qui résonne dans toute la vallée. C’est « Rautirare » comme le nomme les habitants qui tremblent rien qu’en prononçant ce mot. « C’est le signal qu’une catastrophe arrive, qu’il faut courir se réfugier dans la montagne » disent-ils en se crispant. Cette trompette à marée est une formidable sirène automatique et totalement écologique dont nos ingénieurs devraient s’inspirer.

L’entrée du tunnel, encore visible au milieu de la cocoteraie, a été bouchée en 1971 pour éviter que les enfants tombent dans le trou.

Source : Tahiti Heritage – Olivier Babin d’après Kohu mars 2009 – Photo : Domaine agricole de Vaihiria